Marbrume



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 Ulysse de Sombreval - Terminé

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MessageSujet: Ulysse de Sombreval - Terminé   Sam 3 Nov 2018 - 17:56





Ulysse, Un homme doit savoir faire des folies pour se sentir vivant.




Identité



Nom : De Sombreval ou le patronyme d'une lignée ancienne et puissante dans ce qui fut autrefois un royaume. Désormais simple passe droit permettant de ne pas moisir dans les remugles purulents de ce qu'il reste de l'humanité. Qu'est ce qu'un nom de noble si ce n'est la clef inestimable pour la porte du dernier Eden ?

Prénom : Ulysse comme son arrière grand père avant lui. Le vieillard dont les os gisent au mausolée ayant eu la bonne idée de périr des générations avant le fléau. Un prénom chantant et antique aux sonorités d'un ailleurs oublié. Un son qui roule sur la langue tel le murmure de la brise du soir.

Age : Les saisons défilèrent inlassables comme le courant et aussi inaltérables que le temps lui même. Des printemps et des automnes comme points de repère dans sa région d'origine tempérée mais morose. Cela fait vingt huit ans que le de Sombreval traverse ce monde.

Sexe : Il n'est qu'un homme comme un autre dans monde ou l'Homme ne semble plus avoir sa place. De maitres au statut de proies le constat est amer et cruel. Quoi qu'il en soit il vit dans ses excès dans ses démons comme si l'horreur de ce nouveau monde faisait rejaillir le pire.

Situation : Le veuvage est devenu un état commun depuis que les morts se sont relevés et mis à danser hors de la tombe. Il y eut une femme dans une autre vie. Une succession de sourires, de joies, de baisers et de rires. Les obligations nobiliaires ne furent pas source de contrainte. Désormais, seuls des souvenirs et un anneau d'or pendant autour d'un cou constituent des réminiscences du passé.

Rang : Les de Sombreval ont portés le titre de baron depuis des générations. Aujourd'hui, le dernier représentant de la lignée arbore ce mot creux avec un orgueil désabusé bien conscient que cela ne sont ni les chevaliers et hommes d'armes en nombre ridiculement faible par rapport au ban qui fut celui de sa maison ni le peu d'or qu'il est parvenu à emporter avec lui qui lui valent ses avantages. Mais bien la bonne volonté du duc Siegfroi.

Lieu de vie : Son rang de baron lui offre une place dans le quartier fastueux de l'Esplanade. Le de Sombreval s'est établi dans un manoir alloué par le duc se rêvant roi. La demeure fort belle et spacieuse n'est pas la plus massive des bâtisses locales ni la plus somptueuse mais fait certainement partie des plus animées.

Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : (voir topic Système Rp & Xp - Carrières)
Voie du noble guerrier
-2 Habilité
-1 Intelligence
-1 Charisme

Compétences et objets choisis : (voir topic Système Rp & Xp - Compétences)
Equipement :
-Une épée longue à une main
-Une dague
-Un haubergeon
-Jambières de mailles
-Un camail

-Monte
-Feinte
-Coups précis
-Volonté de fer



Apparence


Accoudé à la balustrade du manoir, je laisse mon regard balayer les alentours de manière aiguisé. A l'affut, mes prunelles aux nuances de feuilles automnales se posent sur les vivants festoyant en contrebas à l'échelle inférieur. La petite foule rassemblée ici et s'étendant jusqu'à l'extérieur dans le jardin n'est pas composée uniquement de mes compagnons d'armes, lieutenants et hommes de ma maison car l'on reconnait ca et là d'autres nobles de l'Esplanade ainsi que des bourgeois de Bourg Levant. Mais pas seulement, car j'ai ma propre définition du statut d'invité de marque. Ainsi, entre quelques officiers de la milice ayant accepté mon invitation se distinguent quelques figures connues des milieux troubles de la cité et cette ironie cocasse m'arrache un sourire canaille. Oh, aucun criminels de haute volée ne pourraient espérer trouver refuge chez le baron de Sombreval seulement la limite entre entrepreneurs et brigands est parfois ténue au sein du microcosme des affaires et d'autant plus dans un monde comme celui qu'est devenu le notre. Les danseuses et les prostitués achèvent de rehausser le coté sulfureux de l'ensemble pour le plus grand plaisir des convives du festin. J'apprécie ce tableau à sa juste valeur et saisis la coupe de vin que l'une des servantes me propose avant d'avaler une rasade du liquide pourpre. Apre mais onctueux, ce cépage appartenait probablement à celui du comte de Rougelac. De longues minutes défilent au cours desquelles je me perds dans ma contemplation avant de finalement décider de descendre pour me mêler à mes invités. Les flutes, timbales, harpes et autres instruments résonnement clairement et mélodieusement entre les murs de la propriété. Deux hommes rugueux aux facies peu amènes pour ne pas dire carrément hostiles portant les couleurs de ma maison m'emboitent le pas. Des yeux se tournent vers moi alors que je descends les escaliers.


Que voient ils en cet instant précis ? Que décèlent ils sous le masque flamboyant du capitaine de la compagnie indépendante de Marbrume ? Que s'imaginent ils contempler si ce n'est un baron privée de ses terres et de tout ce qui lui ait jamais tenu à cœur ? Un baron désabusé et cynique noyant sa mélancolie dans les excès les plus vils de la nature humaine. Je vais vous dire ce qu'ils observent, ce que leurs yeux traquent, capturent et que leurs esprits immortalisent. Un homme dans la fine fleur de l'âge n'ayant pas encore atteint sa trentième année en ce bas monde mais au regard d'un vieillard lassé de la sempiternelle marche en avant d'un monde condamné. Des cheveux châtains tirant sur le roux clair ne recouvrant que le sommet d'un crane couturé de cicatrices, souvenirs de confrontations ou de cauchemars inaltérables. Cheveux dont la mèche se plait à se recourber sur le front dégagé et hautain couvert de quelques rides prématurées. Sous ce dernier des yeux d'un vert profond se fixaient sur les hommes et les femmes présents. Des légères poches de cernes venaient souligner la dureté de ce regard et témoigner d'une tendance apocrite à une certaine insomnie. Le nez droit et absolument ordinaire n'attirerait en rien l'attention ou les remarques des aigles avides de rumeurs et autres racontars. A l'inverse des cicatrices balafrant le flanc droit de son visage comme si elles souhaitaient prolonger celles de son crane rasé avec soin. Une boucle d'oreille dorée pendouille à son oreille droite. Le reste de son visage n'a rien d'admirable si ce n'est des traits nobles bien que rugueux.


Le dernier détail de cette face baronniale tient dans sa pilosité drue. De la moustache trônant au dessus de ses fines lèvres à la barbe rousse recouvrant ses joues et sa mâchoire carrée, on ne pouvait que remarquer l'entretient évident de cette dernière. Quelques pas supplémentaires me permettent d'atteindre les premiers ripailleurs d'une démarche nonchalante. Alors que je complimente une noble dame pour son teint superbe et le gout recherché de sa tenue, je réponds au signe de main d'un bourgeois de la Hanse. Mais, revenons en à ce portrait que mon reflet dans des yeux étrangers imprimerait. Une tenue d'une élégance certaine aux fines broderies damasquinées en une multitude de motifs symétriques. Du bleu sombre et du carmin se mêlant harmonieusement sur une tunique coupée dans une étoffe de première qualité. Une chemise immaculée largement ouverte au niveau du col réhausse ce torse d'un soupçon provocateur. Autour du cou se détache un collier nobiliaire, savant entrelacs d'argent et de rubis épousant parfaitement la zone attenante jusqu'à un cœur en topaze. Les manches retroussées de l'ensemble laissent apparaitre des tatouages au niveau des avant-bras. Décorations physiques éternelles bien surprenantes sur le corps d'un homme de ce rang. Un bandeau de couleur ocre enserre le ventre et les reins du maitre des lieux. De ce dernier dépasse un poignard de belle facture maintenu dans le tissu par les ceintures de cuir. Au coté rattachée à l'une de ces bandes pend le fourreau ouvragé de bois d'une lame courbe extrêmement aiguisée. L'épée passe dans la famille de barons en barons depuis des générations. Bien sur, en tant que dernier représentant des Sombreval il en est le propriétaire et l'emportera probablement avec lui dans la tombe.


La tunique tombe jusqu'à ses bottes masquant allègrement des chausses de teintes sombres relativement ordinaires. Des bottes de cavalerie complètent l'ensemble de manière assez grossière. Celles-ci ont beaucoup servi mais ne sont pour autant pas dénuées de l'élégance inhérente à la tenue. Pour conclure, des bagues nombreuses ornent ses doigts. De la lourde chevalière portant sceau baronnial à une discrète alliance à l'histoire douloureuse, les mains d'albâtre semblent presque incrustées d'or. M'approchant d'un cercle de pairs de l'Esplanade, je baise la main d'une dame avant d'échanger des compliments et des banalités avec ces derniers. Je traverse la foule comme un bateau fend la mer et prends le temps de saluer personnellement et d'échanger quelques mots avec le plus grand nombre. Finalement à l'issue de cette longue traversée, je parviens à atteindre l'entrée ouverte du grand hall et quitte le manoir pour les jardins. Espérant secrètement que l'affluence sera moindre dans ce petit coin à l'écart je sens mon masque de circonstances disparaitre lorsque je me rends compte que le salon extérieur n'est rempli que de mes plus proches lieutenants. Assis négligemment sur les bancs de pierre et de bois tapissés de coussins ou les chaises longues, les chevaliers et les bannerets inclinent respectueusement du chef en me reconnaissant.


Sans faire de manière, je saisis la cruche de vin se trouvant sur la table et la porte à mes lèvres dans la foulée avant de m'installer dans l'une des chaises. Je passe la cruche à Ser Jasper mon voisin le plus proche avant de me mettre à discuter avec mes plus proches compagnons. Organiser des festivités pour rien n'y faire de plus qu'une apparition expéditive, un paradoxe assez complexe. Les rires gras et les sourires ne tardent pas à se refléter dans les coupes éclairées par le brasero. Délaissant un instant ma compagnie, je ne peux m'empêcher de contempler l'une des statues du jardin. C'est dans un geste désormais machinal que je me mets à jouer avec mon alliance dans un rituel bien rodé avant de revenir au présent en entendant les exclamations de mon entourage. Un toast est porté en mon honneur. Je lève la coupe que l'on me tend de bon cœur et me fends d'un sourire sincère. Plusieurs membres de la compagnie se dirigent vers notre havre. Le boiteux joue de la mandoline et tel un charmeur de serpent entraine à sa suite une bien charmante compagnie. Des plaisanteries fusent rapidement et mes hommes croisent leurs regards. La nuit sera longue. Certes, elle se sera mais demain lorsque l'aube poindra derrière les ténèbres viendra le dégrisement. Il faudra revêtir l'armure, enfourcher les montures et franchir les murailles car telle est la volonté du Duc. Le devoir d'un noble n'est pas de se prélasser dans la luxure se plait à rabâcher le maitre de la cité. Comme toujours, l'impatience me tenaille douloureusement alors que je jette un autre coup d'œil sur la statue aux traits si familiers.

Personnalité


Mélancolique-Désabusé-Cultivé-Mélomane-Cynique-Ombrageux-Flamboyant-Ripailleur-Torturé-Nonchalant-Honorable-Intrépide-Sévère-Joueur-Courtois-Elégant


Le vent balayait doucement ma peau et caressait mon visage tandis que je traversai les jardins du manoir pour me rendre auprès de la statue la plus importante de la modeste collection agrémentant l'espace extérieur de sa splendeur intemporelle. La mèche de cheveux roux indisciplinée comme à l'accoutumée vogua de l'aval à l'amont au niveau de mon front mais je ne pris guère la peine de la rabattre en arrière d'un geste mécanique. Le cœur lourd et l'esprit ailleurs, je ne me pressais pas et avançais d'une allure paisible vers l'hommage de marbre à la femme qui hantait mes rêves. Une fois devant la statue à l'effigie de Catherine sculptée d'après un modeste autoportrait qu'elle avait un jour dessinée et que j'avais retrouvé sans savoir comment dans la cassette d'or et de bijoux sauvée des flammes de cette nuit funeste, je sentis mon cœur se serrer durement. L'œuvre m'avait d'ailleurs amputé d'une partie non négligeable du pécule en question mais je m'en moquais aujourd'hui comme je l'avais fait hier. Car, cette statue était tout autant un tombeau à ciel ouvert qu'un lieu de receuillement aussi bien que le coin que je préférais de toute la propriété gracieusement allouée par Sigfroi de Sylvur notre illustre duc. La mélancolie ne tarda pas à se frayer un passage implacable dans mon ètre alors que j'atteignais finalement ma destination. Posant une main sur le bras de l'immobile perfection, je me perdis dans mes pensées durant de longs instants. Mon expression se fit morose et désabusée alors que je contemplais d'un œil hagard le souvenir irréel de celle que j'avais aimé à la folie. Puis, comme mu par un élan de tristesse, je me mis à parler avec le sépulcre fantasmé comme je l'aurais fait devant la tombe de Cat mais celle-ci n'aurait jamais de tombeau et n'était probablement rien que cendres à l'heure actuelle et c'était certainement mieux ainsi. Les mots s'écoulèrent de mes lèvres tel le flux d'un torrent de montagne. Regrets, souffrance, manque...Les nuances de la douleur déployées en un discours d'une sincérité absolue.


La litanie de paroles intimistes murmurée comme amoureusement fut brusquement interrompue par l'arrivée d'un valet du nom de Luccamore. Ce dernier respecta mon rituel aussi étrange pouvait il sembler à ses yeux et garda le silence jusqu'à ce que je ne me retourne vers lui. Le serviteur de la maison de Sombreval m'indiqua en quelques mots que le petit déjeuner était servi sur la terrasse comme je le souhaitais. A dire vrai, j'avais pris l'habitude de manger à l'air libre et de savourer les mets de la cuisine en lisant ou en observant l'agitation naissante de l'Esplanade d'un œil observateur. Suivant le vieil homme jusqu'à la terrasse je m'installais confortablement sur le siège rembourré tout en le congédiant d'un signe de la tète. Une fois de nouveau seul, je laissais un sourire amusé étirer lentement mes lippes en remarquant la présence du livre au coin de la tablée. Aenys pensait vraiment à tout. La table était richement pourvue et les effluves des plats me mirent immédiatement en appétit. Saisissant lestement un couvert je portais les œufs à ma bouche avant d'avaler une rasade de thé au safran. Prenant le temps de me rassasier comme je le pouvais, je me concentrais essentiellement sur mon plat avant de me détourner de la bonne chair et de reprendre la lecture de mon ouvrage. La littérature du Morguestanc ayant eu l'illustre honneur de devenir la seule rescapée du royaume de Langres le choix était en apparence limitée par ce monopole cependant comme se plaisait souvent à le rabâcher mon précepteur autrefois peu importait les histoires seules comptaient la culture qu'elles constituaient. Petites ou grandes lettres, la connaissance trônait entre les pages. Je ne me considérais pas pour autant comme spécialement cultivé cependant je devais confesser une certaine affection pour le vélin. Le chant extrêmement reconnaissable et agréable d'une lyre flotta jusqu'à mes oreilles et je refermai le livre dans la foulée. Redressant le chef, ce fut sans étonnement que je reconnus mon lieutenant dans la compagnie du Griffon moqueur le chevalier Francis de Sombrelame. Ce dernier était un bien meilleur musicien que moi bien que je sache manier la harpe avec habileté. Un sourire jusqu'aux oreilles mon second me régala de son talent et bien que je sache qu'il s'invitait essentiellement pour profiter du contenu de la tablée, un sourire similaire au sien ne tarda pas à se peindre sur mes traits. Mélomane, j'appréciais la musique sous toutes ses formes. Qu'il s'agisse d'une représentation publique, d'un groupe jouant au cours d'un festin, d'un simple chant de lavandière ou du jeu de la flute d'un de mes soldats. Une fois le concerto achevé, j'applaudissais mon vieil ami en riant. "Allez installe toi près de moi canaille et fais toi plaisir les œufs sont délicieux !"


Décidant d'aller inspecter la caserne de la compagnie avec Francis, je donnais l'ordre aux palefreniers de sceller deux coursiers. Une fois juché sur la selle de ma monture placide, je tirais sur les rênes afin de nous diriger vers la ville basse dans laquelle se trouvait les quartiers de mes hommes. Il était apparu de manière assez évidente que mes hommes d'armes et soldats ne pouvaient malheureusement pas jouir du luxe de l'Esplanade en raison de leur rang. Oh, les quelques bannerets et chatelains de ma suite ayant survécu avec moi à l'exil à travers le Morguestanc auraient pu se diviser mes troupes cependant la présence d'un nombre trop important de soldats appartenant à une maison particulière avait tendance à inquiéter les autres sangs bleus de la ville haute. De plus, la fondation de la compagnie du Griffon moqueur avait été ma réponse aux demandes d'utilité du duc aussi cette petite troupe devait s'entrainer quotidiennement, participer aux actions de défense de la ville ainsi qu'à celles d'escorte en dehors de Marbrume. Et pour des questions opérationnelles, le regroupement des hommes et des moyens devait se trouver en dehors de l'Esplanade. En ce milieu de matinée, le quartier n'était pas encore très animé mais quelques nobles traversaient néanmoins déjà la grande place. Saluant chaque habitant et habitante du quartier que nous croisions tout en parant mon visage d'un masque chaleureux, je pris le temps d'échanger quelques mots avec les connaissances ayant noué des liens plus ou moins intéressé ou non avec moi. La courtoisie était une valeur cardinale pour un noble m'avait répété ma baronne de mère tout au long de mon enfance. Il fallait convenir que j'avais fini par le comprendre car cette étiquette ne disparaissait que bien rarement de mon verbiage. Alors que nous franchissions les portes du haut quartier, Francis lança la conversation sur les tenues des nobles que nous venions de croiser. Conversation à laquelle je participai de bon cœur tant l'élégance me tenait à cœur. Trait que je partageais avec le chevalier à mes cotés au point que certains officiers de la compagnie nous comparait souvent à des coqs. Mais, le statut de noble passait également par ce biais. Quoi que chez nous cela s'apparentait plus à de la coquetterie qu'autre chose.


A l'issue d'une bonne demi heure de traversée de la ville basse nous atteignîmes finalement les quartiers dévoués au casernement de la compagnie du Griffon Moqueur. Cette troupe privée à mes ordres se voulait un rassemblement de tous mes soldats ayant survécu à l'exil à mes cotés ainsi que quelques dizaines de combattants parmi les plus dangereux des bas fonds. Ces locaux n'avaient eu aucun mal à se faire une place parmi les hommes rugueux et ripailleurs représentant le reliquat du ban de ma baronnie. Les volontaires n'étaient pas très nombreux dans la population face à la possibilité de passer les murs pour aller se frotter à la fange et se salir les mains dans la boue. On trouvait essentiellement des mercenaires, des anciens soldats, des trappeurs, des chasseurs ou des hommes sachant manier une arme mais avide d'une solde élevée pour les risques encourus. D'un autre coté, la raclure elle ne demandait rien de mieux que de disposer d'un statut privilégié de soldat privé. Ces hommes aux premiers abords peu fiables le devenaient pour peu qu'on leur en donne la latitude et pour quelqu'un ayant vécu dans le dénuement le plus total depuis sa naissance affronter les affres de la Fange revenait juste à une chevauchée similaire à une vie dans les quartiers les plus malfamés de la cité. Deux cents hommes environ dont les principales missions étaient d'escorter des convois en dehors de Marbrume ou d'aller secourir des personnes à l'extérieur. Deux arbalétriers nous ouvrirent les portes et nous descendîmes des coursiers avant de les confier à des hommes d'armes. J'embrassais les lieux d'un regard circulaire et émis un commentaire satisfait en voyant des sections à l'entrainement dans la cour. Une scène ne tarda néanmoins pas à m'irriter. En deca du contingent en exercice un petit groupe de soldats s'amusait bruyamment aux cartes. Me dirigeant vers les fantassins d'un pas nonchalant pour ne pas changer, je m'apprêtais à leur passer un savon monumental sur la valeur de l'entrainement lorsque l'un d'entre eux un hallebardier du nom de George me reconnut et donnant un brusque coup de coude à son voisin attira son attention. Le petit groupe se leva et se mit au garde à vous avant de rejoindre un coin de la lice sans demander son reste. Ma nonchalance ne m'empêchait en rien d'ètre un capitaine sévère lorsque je l'estimais nécessaire et cela toute la Compagnie le savait pertinemment. J'appréciais la compagnie de mes hommes bien plus que celles des puissants de l'Esplanade cependant lorsque je revêtais mon rang de commandant le protocole reprenait ses droits de manière implacable.


Ayant assisté à l'entrainement journalier de mes hommes et déjeuné avec eux, je quittais finalement la caserne avec ser Francis et une petite escorte composée pour partie d'officiers et pour autre de certains des meilleurs éléments de nos rangs. Le passage par le Goulot me vit faire preuve d'un froid cynisme quant au caractère à priori immuable de certaines choses. Des non morts encerclant l'humanité ou non la richesse serait jusqu'aux derniers instants des vivants concentrés par une partie de la population. Oh, aucun point de vue révolutionnaire sur la question. Pensez-vous donc, le sang dans mes veines me permettait de profiter du panorama depuis la ville haute. Un spadassin né à Marbrume membre de la section des Bouchers lança une plaisanterie quant au fait que les Fangeux puaient moitié moins que le Goulot. Les rires gras et amusés des nobles et des soldats tranchèrent singulièrement avec l'atmosphère de désespoir ordinaire du quartier mais nous n'en menions pourtant pas large. Les mains étaient posés sur les gardes des lames et les yeux attentifs. Lorsque Gabriel de StLierre un de mes bannerets me demanda pourquoi j'avais choisi cet itinéraire je lui répondais un sourire amusé au bord des lèvres que cela constituait un bon entrainement vis à vis de l'extérieur de la cité. L'arrivée dans le quartier lumineux et animé de la Hanse sembla s'apparenter au passage dans un autre monde. Venu ici pour me détendre sans idées particulières en tète, je flânais avec mes hommes sur la grande place. Applaudissant un groupe de musiciens talentueux et les récompensant de quelques pièces je me lançais dans une danse improvisée en rentrant dans un cercle de danseurs. Ne manquait plus qu'une cruche de vin et l'ambiance aurait été parfaite. Par la suite, nous observâmes les étals des marchands, les armes des forgerons et les jolis minois des bourgeoises et des artistes sans nous presser. L'atmosphère était presque estivale et si on le voulait l'on pouvait aisément faire abstraction de la menace latente en dehors de la ville et se croire quelques années plus tôt. Un cri déchira l'animation pacifiée des lieux. Il s'agissait d'un voleur à la tire ayant arraché la bourse d'une matrone. Sans réfléchir, je m'élançais et donnais des instructions à mes hommes pour le rabattre. Le couteau de Dante se ficha dans la cuisse de l'homme à l'issue d'une poursuite effarée et le spadassin éclata d'un rire sonore. M'approchant du voleur, je récupérais la bourse de sa main et le laissais aux bons soins de la milice rameutée. Mon homme de main récupéra sa lame et l'essuya sur le luron. La matrone une riche veuve me remercia chaudement et je baisais respectueusement sa main avant d'afficher une modestie de bon aloi. Honorable vous dites ? Cela m'arrivait. Disons plutôt que l'intrépidité me poussait souvent à me jeter au devant d'un peu d'action. Dans un monde ou les morts marchaient avec les vivants, une petite dose d'adrénaline ne pouvait qu'aider à bien faire la différence.


La chope sucrée était la meilleure taverne de Marbrume et cette vérité était connue même au sommet de la ville haute cependant nous ne trouvions pas à la chope ce soir là. Le raffinement mesuré de la taverne d'Estelle de même que sa réglementation proportionnellement élevée était une source de bon temps évidente mais ce n'était pas de cette douceur paisible, cette belle agitation, cette qualité de choix dont je souhaitais profiter. Mais, celle sauvage et indisciplinée d'un bouge à la limite de la mauvaise réputation. Car, c'était l'assurance d'une soirée effrénée et teintée de cette folie manquant cruellement à l'établissement le plus prisé de la Hanse. Joueur, je m'étais immédiatement engagé dans une partie de cartes avec des habitués du coin. Attiré par le son caractéristique du froissement du carton, je menais ma partie âprement bien décidé à empocher la mise tout en savourant chope sur chope. Ici, l'alcool était à peine buvable en comparaison des bons crus de la chope sucrée mais cela n'avait aucune espèce d'importance. Après tout, du tord boyau restait du tord boyau. La partie était serrée ce qui dénotait bien que les joueurs avaient du métier dans la tricherie et les jeux d'argents. Ce qui ne rendait que la partie plus passionnante. M'inclinant honorablement sans empocher la mise, je me consolais avec mon petit groupe parfaitement fourni en alcool fort et en catins et m'abandonnais à la ripaille de manière outrageuse. Ripailleur prenait une toute autre dimension lorsque les Griffons s'y adonnaient. Des chants paillards se mirent à résonner dans le bouge et je donnais généreusement de la voix à l'ensemble. La fête se présentait sous les meilleures auspices au vu du sourire séduisant étirant les lèvres pulpeuses de l'une des jeunes femmes présentes. Jusqu'à ce que les limites de ma vessie face à une telle beuverie ne me conduisit à l'extérieur de l'établissement. Se soulager contre un muret n'avait rien de très noble mais il fallait bien faire de la place pour une nouvelle tournée. Seulement, les aléas de la boisson aidant ou au contraire gênant un homme me bouscula à l'issue de mon affaire. Si, dans un autre contexte j'aurais certainement pu me montrer courtois ou laisser mes hommes se défouler l'humeur ombrageuse dans laquelle je me trouvais ne m'incitait pas à la raison.


Quelques insultes jetées à la face l'un de l'autre et voilà que le mercenaire décidait de me défier en duel sans préambule puisqu'il sortit une épée courte d'un fourreau de belle qualité. Je dégainais ma karabella dans la foulée et engageais le combat un sourire carnassier sur les lèvres. Cette soirée s'annonçait de plus en plus agréable. Il pouvait paraitre compliqué de se battre avec quelques grammes dans le sang mais la force de l'habitude me permettait de passer outre. L'échauffourée avait fait sortir une partie de la taverne qui fidèle à sa réputation ne cherchait absolument pas à séparer les belligérants mais bien plutôt à se divertir du spectacle du sang à venir. Des paris ne tardèrent pas à ètre tenu et je me surpris à espérer que mes hommes avaient au moins la bonne idée de participer. Que cette soirée ne nous coute pas uniquement de la monnaie sonnante et trébuchante mais en rapporte également un peu. Au lieu de cela, certains des membres de la compagnie semblaient avoir la main prise de démangeaison. L'éclat des lames sonnait à mesure que les coups étaient échangés. Feintes, parades s'enchainèrent à un rythme soutenu prouvant que l'épéiste était un professionnel. Mais, parvenant à passer sa garde j'enfonçais le sabre dans son flanc. Tuer quelqu'un ne me posait pas grand problème car après tout il s'agissait d'un duel certes peu respectueux des formes et plus proche d'un combat d'ivrogne cependant je ne me voyais pas devoir me justifier d'un mort aux autorités. Une pièce jetée au tenancier le motiva à aller chercher des secours pour le blessé. Si ce genre d'incidents ne dépareillait jamais dans le coin, les ardeurs avaient été quelque peu refroidies aussi je décidais de rentrer dans la ville haute avec mon escorte qui passerait la soirée au manoir. Une nuit agité et désagréable emplie de cauchemars hantés par un frère trop braves pour son propre bien, un château en flamme mais surtout par l'aspect monstrueux d'une épouse décédée devenue meurtrière. L'esprit torturé par la mort administrée à la baronne j'avais bien mal dormi comme à l'accoutumée. Une coupe de vin, une harpe et des narcotiques naturels parvenaient parfois à apaiser le mal mais le visage déformé par la mort et souillé par la Fange revenait sans cesse à la charge. De même que la fin sanglante offerte par mes mains.


Histoire


Juché sur mon destrier à la robe plus pale qu'un rayon de lune aux reflets nacrés, je dresse mon regard sur l'imposante porte massive et intimidante qui apparait dans le lointain. Une porte a deux significations tant contradictoires que complémentaires. D'un coté celle-ci incarne l'ouverture vers l'extérieur et de l'autre la protection de l'intérieur. Mais, en cet instant précis alors que le soleil se couche dans mon dos le long de la ligne échancrée de l'horizon je ne vois en cette soudaine apparition que la possibilité du salut. La fin d'un cauchemar inhumain dont la traversée sanglante hantera chaque membre de mon escorte jusqu'à la fin de nos jours. Pourtant, chaque survivant et survivante dans mon sillage est aussi dur que le fer pendant à leurs cotés, aussi rugueux que le sol sous le sabots de nos montures, aussi endurcis que des cœurs de mercenaires coutumiers des affres de la guerre. Une fin qui pourrait s'avérer bien plus proche désormais tant ce dernier bastion de l'humanité semble un mirage incertain en dépit de sa proximité. La lueur hagarde dans mes yeux est la même que celle dans celui du cavalier qui me rejoint et lorsque nos regards se croisent un soupir de soulagement s'échappe de ses lèvres. Je me contente d'un simple hochement de tète solennel. Tant que nous n'aurions pas passé les murailles de la ville cette lueur ne le quitterait probablement pas. Aucun mots ne sortent de nos bouches au cours de cette chevauchée de débris humains épuisés et démoralisés. Un cri puissant teinté de colère sourde brise le silence désabusé et alerte toute la compagnie. Mon mouvement est si brusque que je manque de chuter de cheval. Ma main s'est portée instinctivement à la garde de mon épée mais lorsque mes yeux se posent sur le convoi, je constate que cette explosion verbale n'est relative qu'à l'embourbement de l'une des roues du chariot dans la boue marécageuse du chemin. Un sourire tordu étire lentement mes lèvres. Le soulagement du à la trivialité boueuse de cet incident presque anodin en comparaison de ce que nous avions du combattre et fuir sur la route fait remonter en moi un rire nerveux. Rire que je tente en vain de réprimer sans y parvenir et bien vite l'hilarité se propage dans les rangs de ces combattants aux nerfs distendus par le cataclysme ayant radicalement inversé le paradigme du monde. L'impériosité du moment s'impose néanmoins rapidement de nouveau à moi et je beugle aux hommes de tirer la roue hors de ce merdier sans quoi la nuit finirait par nous cueillir à quelques pas de la délivrance et la mort qui rode avec elle.


Une main sur la hanche, les rênes dans l'autre je surveille l'avancée du sauvetage du chariot tout en jetant régulièrement des coups d'œil méfiants et inquiets sur les environs bien tranquilles. Trop tranquilles pour le fléau et ses hordes à jamais coincées entre les limbes et l'existence, privées du repos du sépulcre et condamnées à souiller la surface du monde. Cependant, il faut convenir que l'activité des fangeux semble moins importante en journée. Là se trouve d'ailleurs le nœud du problème. Si, cette foutue roue n'est pas délivrée de la tourbe rapidement nous n'aurions d'autre choix que l'abandonner car la nuit approche inéluctable comme le sort d'une humanité retranchée dans un ultime bastion éphémère. Or, je me refuse catégoriquement à abandonner le contenu de ce chariot si modeste puisse t'il ètre. Des sergents qui bien conscients de la délicatesse de la situation ne se privent d'ailleurs pas pour hurler sur les hommes qui poussent, tirent et s'échinent à l'ouvrage. Les cris rageurs et les insultes fusent sans discontinuer tant l'obstacle semble avoir été mis là pour nous offrir une fin ridicule à quelques centaines de mètres à peine de la cité. La tension est si palpable que l'énervement des hommes se transmet aux bêtes qui s'agitent. Quelques mots parviennent à calmer les chevaux mais personne n'est dupe. Alors que je me détourne un instant de mon manège d'observateur je laisse mon regard contempler la petite troupe s'étirant sur la route marécageuse. Reconnaissant quelques visages, je pousse un soupir en constatant le faible nombre de survivants. Nous étions dix fois ce nombre en fuyant le domaine de ma maison. Mon cœur se serre et mes yeux se ferment d'eux mèmes comme un refus de ce constat âpre et amer. Pourtant, c'est un fait l'ost de Sombreval n'était plus que la carcasse de ce qui l'avait été. Tant de veuves, de veufs et de parents du moins cela aurait été le cas si la fange n'avait pas plongée ses griffes purulentes dans ceux-ci les transformant en souvenirs macabres.


Fin du mois de Juillet 1164 : Domaine de la famille de Sombreval au sud-est du royaume de Langres


L'agitation règne en maitresse tyrannique dans la forteresse de la famille de Sombreval. Les rumeurs se propagent plus vite que les armées en déroute ainsi qu'elles l'ont toujours fait depuis l'aube des temps. Or, ces rumeurs ci sont à la fois particulièrement inquiétantes et terriblement irréelles. Des morts qui se releveraient, un fléau divin punitif ou une épidémie venue de nulle part et transformant les vivants en proie des trépassés. Folie que tout ceci ! Et pourtant, pourtant les preuves s'accumulaient les unes après les autres telles les pièces d'un affreux puzzle. Colonnes massives de réfugiés ayant tout perdu, témoignages teintés de désespoir et de terreur, visages traumatisés de victimes de l'improbable...La réalité du malheur s'abattant sur le royaume se faisait chaque jour un peu plus incontestable. Difficile dans de telles conditions de rester de marbre face aux évènements, de tenter de se persuader que l'horreur de l'ouest n'atteindra jamais ce coin du royaume de Langres. Debout auprès de l'âtre crépitant, je lis une fois de plus la missive du comte de Beauclerc. Missive générique que tous les bannerets du noble le plus puissant de la région ont probablement du recevoir à quelques jours d'intervalle. L'écriture sur le vélin est distinguée et claire ne trahissant en rien l'état d'anxiété dans lequel devait probablement se trouver le seigneur vieillissant. Le ban du comté est convoqué et devra se rassembler au pied des murailles de la cité comtale dans la semaine à venir. Le comte Tancred se veut rassurant vis à vis de ses nobles et assure que la levée du ban n'est qu'une mesure de précaution en cas de tentative de percée de la fange sur le territoire. Plongé dans ma réflexion quant au respect des délais eu égard au temps qu'il me faudra pour rassembler le millier de soldats et de miliciens de mon domaine, je n'entends pas ses pas dans mon dos. Mais, les bras se passant autour de mon torse ne tardent pas à me tirer de mes pensées. La tète de mon épouse se pose sur mon épaule et l'espace d'un savoureux instant j'oublie le souffle de la guerre contre un ennemi cauchemardesque. Dévissant le cou pour pouvoir contempler le visage de Catherine je me perds dans ce regard sombre aux éclats d'azur. L'inquiétude que je lis dans ces yeux me tenaille et je me retourne pour rassurer la baronne. Le sourire éclatant qu'elle m'adresse pourrait conjurer l'avenir morose qui semble nous guetter tant il rappelle la promesse de jours heureux.


Le soleil brille haut dans le ciel et ses rayons illuminent le tableau marital qui se noue sous sa domination. Paré de mes plus beaux atours trahissant néanmoins un certain gout pour l'exubérance, je me dirige vers l'autel d'un pas paisible masquant de manière relativement digne mon impatience. Sur les cotés, la foule d'invités respecte un silence de tombeau. Du coin de l'œil, je remarque le sourire canaille de mon cadet Achille ainsi que la mine irradiante de fierté de ma mère Hélène. Cependant, mon attention se reporte bien vite sur la jeune femme attendant auprès du prêtre d'Anur. La robe immaculée de ma promise semble la pâleur de la gibbeuse incarnée. Sa silhouette est superbement mis en valeur par le travail du tailleur et l'espace d'un instant il eut été possible de s'imaginer face à une apparition divine. Cependant, bien plus que la beauté d'orfèvre du tissu, de l'étoffe et des jupons c'est vers la gaze foisonnante que mon regard s'active. Comme s'il pouvait parvenir à percer ce rempart éthérée pour se poser finalement sur l'objet de la convoitise et de la félicité. Ce visage ravissant jusque dans ses défauts. Cette cascade de cheveux de jais coiffés de manière sophistiquée, ces yeux à mi chemin entre l'océan et l'ardoise, ces joues pleines se creusant lorsque l'aurore se lève sur ce visage, ces lèvres attirantes et tentatrices promptes à la malice sans oublier ce nez aquilin et discret. Vous l'aurez compris en ce jour solennel de mai 1154, je nageais dans une mer de sentiments agréables. Une fois placé en face de ma promise c'est d'une oreille discrète que je laisse l'homme de foi déblatérer. Vient finalement le moment ou je repousse délicatement le voile de son visage. Un anneau est passé à mon doigt avant que je ne fasse de même. Puis, vient le traditionnel moment du ruban qui emprisonne nos deux poignets dans une étreinte éternelle. Un baiser langoureux vient clore la cérémonie avant que le tonnerre ne se déchaine dans le temple. Certains de mes amis n'hésitent pas à faire montre d'un zèle déplacé en se mettant à siffler joyeusement et à hurler à s'en bousiller les cordes vocales. Achille est loin d'ètre le dernier mais les regards courroucés de ma belle famille pousse mon père le baron Gabriel de Sombreval à rappeler les perturbateurs à l'ordre. Catherine pouffe de rire devant ce spectacle.


Catherine esquisse une moue de déplaisir en constatant ma mine soucieuse et ses lèvres viennent se plaquer sur les miennes. Puis, elle m'interroge sur le contenu de la missive et les derniers évènements. Je ne lui cache rien et lui raconte les craintes du comte de Beauclerc notre suzerain ainsi que les derniers récits relatifs au fléau. Mon épouse m'interroge sur mes décisions et je lui fais part de mon choix de rejoindre le ban ducal. La baronne s'apprête à reprendre la parole au moment ou deux tornades pénètrent dans la pièce dans un tourbillon d'énergie. Un sourire amusé étire lentement mes lèvres lorsque je me rends compte qu'Eléazar se bat en duel avec Guillhem son cadet avec la férocité d'un chevalier fou furieux ne laissant à ce dernier que deux possibilités la fuite ou l'ire de son ainé. Mais, mon second fils semble bien déterminé à faire preuve d'inventivité martiale en combattant tout en retraitant. Ainsi, s'explique cette course folle dans les couloirs du château. Course folle prenant fin lorsque Guillhem visiblement lassé par ce duel inégal se réfugie auprès de sa mère. Eléazar irrité raille son cadet mais un regard sévère de ma part l'empêche de continuer. Le maitre d'armes arrive à son tour et réprimande mon héritier avant de l'entrainer à sa suite pour rejoindre la cour afin de reprendre l'entrainement. Achille apparait quelques instants plus tard alors que nous écoutions les récits fantasques de notre fils. Le visage de mon cadet est impassible aussi je ne parviens pas à déceler la moindre information potentielle quant à la discussion à venir. Ce dernier s'incline respectueusement devant nous avant de me demander un entretien seul à seul. Je remarque que mon frère s'est équipé de pied en cap ce qui est somme toute normal puisqu'il est le capitaine de la garnison. Cependant, il préférait souvent un simple gambison à son harnois.


Les coups du maitre d'armes sont implacables conformément aux instructions de père. Je pare comme je peux et perds lentement mais surement du terrain sous ses assauts furieux avant de feinter brusquement pour me jeter à la gorge de mon adversaire. Ferraillant comme un possédé, je taille, frappe, ajuste, esquive, mouline sans discontinuer tentant en vain d'atteindre le vieux chevalier mais ce dernier maitrise son sujet comme un professeur l'arithmétique. Je me suis découvert dangereusement dans cette attaque aussi je bondis en arrière pour mettre de la distance entre l'imposante épée de bois et la mienne. Reprenant mon souffle comme je le peux, je jette un coup d'œil vers Achille s'entrainant à la quintaine à l'opposé de ma position sur la lice d'entrainement. Il atteint la cible avec aisance mais manque de peu de choir de son cheval sous l'effet du balancier. La lame de ser Richard manque de m'assommer mais ma parade bien que mal ajustée et hasardeuse me sauve la mise. Ce dernier vocifère contre la jeunesse et l'inattention. Quelques heures ont passées et les félicitations de mon professeur valant tous les bleus du monde c'est avec le sourire que je m'étais dirigé chez le précepteur pour recevoir mes leçons d'histoire, de mathématiques, de rhétorique et de littérature. L'écriture était rigoureuse et le clerc n'était pas avare de remontrances dès que ce dernier jugeait que je ne m'appliquais pas suffisamment à l'ouvrage, se montrant par la même relativement comparable à ser Richard. Profitant d'un intermède dans mon planning, je furète dans les couloirs de la forteresse à la recherche de mon frère et de nos sœurs. Ce dernier devait probablement se trouver dans la salle dans laquelle mère nous enseignait l'étiquette et la geste du courtisan. Cherchant à échapper à ma leçon de musique bien décidé à ne pas jouer de la harpe durant des heures, je réfléchis à un divertissement potentiel. Je finis par trouver Cassiopée et Diane dans une salle en train d'apprendre à coudre sous le regard inquisiteur d'une duègne ventripotente. Cassie semble dans son élément mais Diane ne parvient même pas à masquer son ennui. Adressant un sourire compatissant à ma sœur, je réprime un éclat de rire devant le dépit sur son expression. Je ne peux finalement guère mettre mes plans à exécution car le professeur de musique me remarque et m'interpelle du bout du couloir. Laissant un soupir bruyant franchir mes lèvres closes, je fais demi tour d'un pas trainant. Adieu l'aventure…

Quittant la grande salle mon frère dans le sillage, nous rejoignons mon cabinet de travail dans lequel je m'installe nonchalamment en posant mon fessier sur le bord du bureau. Le chevalier m'interroge de but en blanc sur le contenu de la missive et je lui en fais part tranquillement. Le visage d'Achille reste de marbre face à l'annonce de la menace potentielle. Et ses propos transpirent la confiance presqu'excessive dans les capacités martiales de l'humain face à ces créatures. Mon frère me demande si je souhaite qu'il se charge de lever le ban à ma place afin de me permettre de profiter des quelques jours avec Catherine et les enfants avant que nous ne rejoignions le comte. J'accepte de bon cœur satisfait de la dévotion de mon cadet. Il fallait dire que notre lien presque fusionnel servait à merveille notre complémentarité. Achille n'avait quant à lui pas de femme au château ni d'enfants ou du moins il en avait plus d'une et quelques batards éparpillés sur le domaine bien trop amoureux tant de sa liberté que de son devoir à ma personne pour s'engager. Du reste, j'avais deux fils vigoureux et une fille en bas âge pour assurer ma descendance. Je donne mes dernières instructions à mon cadet avant de nous servir deux coupes de vin et de lui en tendre une. Le tumultueux de Sombreval ne parvient pas réprimer la blague grivoise qu'il a sur le bout de la langue et je ris de bon cœur avec lui. Puis, il quitte les lieux d'un pas martial et se dirige vers les écuries en apostrophant des chevaliers de la maisonnée. Pour ma part, je décide de respecter une tradition séculaire bien ancrée en moi. Terminant ma coupe d'une traite, je quitte ensuite le château pour rejoindre le caveau familial dans lequel je me recueille longuement devant les tombes d'Helène et Alexandre de Sombreval. La baronne était tombée d'une maladie ayant ravagée le sud est du royaume des années plus tôt. Tandis que le baron était mort au cours d'une bataille au cours d'une guerre de voisinage entre notre comte et le duc voisin.

Des cris joyeux et un brin sauvages me tirent de ma rêverie et lorsque je reviens à moi c'est pour constater que le chariot est enfin dégagé de la tourbe. Un sourire sincère se peint sur mon visage et je fais signe aux hommes de se remettre en formation de marche avant de faire faire volte face à ma monture. Les visages des survivants sont illuminés comme si le simple fait d'avoir sorti cette roue de son piège naturel constituait un triomphe insoupçonné. Pourtant, je ne les comprends que trop bien car je ne fais nullement exception à la fébrilité générale et alors que nous cheminons de nouveau vers Marbrume refuge béni se dessinant de plus en plus nettement à la vue dans le couchant je ressens une bouffée d'espoir irréelle qui me semble presque déplacée tant je garde en permanence dans un coin de mon esprit les visages de mes morts et de leur sort tragique. Mais, une voix intérieure me souffle que j'aurais tout le temps pour m'abandonner aux affres de la mélancolie et des regrets une fois le seuil de la cité passé sain et sauf en compagnie de ma petite troupe. Et alors que nous laissons derrière nous la géhenne maudite des dernières semaines, je ne peux m'empêcher de me souvenir d'une autre chevauchée qui s'annonçait elle grandiose.



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Dernière édition par Ulysse de Sombreval le Mar 4 Déc 2018 - 21:22, édité 19 fois
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MessageSujet: Re: Ulysse de Sombreval - Terminé   Dim 2 Déc 2018 - 22:40
Equipé de pied en cap et dressé sur mon destrier, je mène mes hommes vers le camp comtal à un rythme soutenu car je n'avais que trop trainé afin de pouvoir mobiliser toutes les ressources humaines de mon domaine. Dans mon sillage, Achille tenait l'étendard de la maison alors que les chevaliers suivaient au même rythme. Les arbalétriers de la milice dans le sillage eux mèmes suivis des hallebardiers constituaient le gros du bataillon. La marche était fermée par les cavaliers lourds et légers ainsi que les lanciers communaux. C'est finalement à l'issue de quelques heures de cheminement que nous découvrons l'immense rassemblement de tentes et de pavillons au pied d'une colline et à proximité d'une foret. Un messager du comte de Beauclerc rejoint mon cercle restreint de capitaines alors que je donne les instructions générales d'installation du camp et laisse les châtelains et bannerets expérimentés beugler aux hommes les ordres d'organisation et gérer la logistique. Je toise le jouvenceau d'un œil amusé devant son expression agacée avant de finalement le suivre jusqu'au pavillon du comte. Pénétrant dans le grand déploiement de tissu d'un pas nonchalant, le bras replié sur la garde de ma lame je laisse mon regard balayer l'auguste assemblée de sang bleu. Je serre quelques mains, échange des accolades, réponds aux piques amicales de certains et laisse un rire franc passer mes lèvres avant de m'incliner devant mon suzerain. Le comte Symon de Beauclerc était très respecté et apprécié de sa noblesse. Il s'agissait d'un homme dur mais juste. Je ne jette même pas un coup d'œil du coté du baron de Blanchedague. La rivalité ancestrale unissant nos deux maisons est bien connue de tout le comté aussi personne ne s'offusque de mon attitude. Mes cicatrices me font plus mal lorsque je croise finalement le regard du commanditaire de ce que j'avais subi il y a quelques années. Un sourire tordu apparait sur mes lèvres l'espace d'un instant avant que le comte ne lance finalement la réunion stratégique et que je ne détourne le regard.


La bataille est perdue, le comte et ses fils sont tombés au champ d'honneur face à la vague inaltérable de créatures infernales, les soldats professionnels n'ont guère mieux valu que les levées face à la terreur causée par la vue de ces abominations aux dieux. Mais comment aurions nous pu vaincre face à des ennemis dont les rangs se renforçaient de nos pertes ? Cette bataille n'en était pas une. Ce fut une boucherie, un véritable massacre. La charge initiale tourna indubitablement à notre avantage. Carreaux, flèches, javelots firent grand dégâts dans la masse mouvante de la horde putride. Puis, la chevalerie et la cavalerie dévastèrent les lignes incertaines des non morts jusqu'à ce que le nombre ne fasse son œuvre et que la nasse n'absorbe les chevaucheurs. L'infanterie professionnelle ou paysanne fut envoyée pour tenter de dégager les braves et tout dégénéra en un marasme sanglant. Englué avec ma chevalerie dans les rangs de la fange, je taillais furieusement comme un fou furieux trempé de sueur sous mon armure. Déchiquetant, tailladant, transperçant et moulinant dans tous les sens du haut de mon étalon nerveux roulant des yeux fous et repoussant les morts de ses sabots ferrés je commençais à perdre espoir quant à l'issue de cette lutte acharnée contre une vague monstrueuse. Jusqu'au moment ou Achille fendit un crane de sa masse d'arme sur mon flanc et ne me hurle de me replier avec une escorte de chevaliers. Refusant d'abandonner mes hommes à cette fatalité, mon cadet dut me secouer et m'indiquer le tombeau à ciel ouvert autour de nous pour me faire comprendre que le combat était vain. La bannière comtale s'agita un instant au loin avant de disparaitre. L'infanterie percuta brutalement les fangeux avant de reculer dans la foulée sous la pression du nombre. Saisissant le cors à ma ceinture, je soufflais longuement dedans afin d'annoncer la retraite à mes hommes. Les chevaliers de ma suite parvinrent à tailler une sortie alors que l'étau se resserrait implacablement. Sur le millier d'hommes portant blason de ma maison arrivé ce midi plus de la moitié avait péri en quelques heures et rejoint la menace qui pesait désormais sur nous.


Galopant à vive allure encadré par ma cavalerie, je donne l'ordre aux hommes de ralentir l'allure afin d'attendre les survivants de pied. Les chevaliers et cavaliers sont contre mais finissent par obtempérer et nous attendons ainsi durant un certain temps que les malheureux aient cavalés suffisamment longtemps pour échapper à la mort planant sur le champ de mort abandonné. Chance ou simple délai offert par le charnier quelques lieux en arrière mais des arbalétriers et hallebardiers ne tardent pas à affluer. Cependant, ils ne sont pas les seuls et d'autres troupes de nobles se présentent une à une. Quelques mots sont échangés vifs ou désespérés mais l'atmosphère est clairement à la précipitation et les survivants se pressent vers leurs domaines respectifs pensant peut ètre que les épais remparts suffiront à tenir face aux hordes innombrables. Pour ma part, je décide d'attendre encore un peu mais une arrivée bien particulière met le feu aux poudres. Le baron de Blanchedague ensanglanté tient à peine sur son cheval et son escorte de chevaliers semble bien décidée à déguerpir le plus loin possible. Point de soldats de pied dans son sillage, je me fais donc la réflexion que ce dernier a abandonné son infanterie aux bons soins des fangeux. Matthias le fils ainé de ce dernier ralentit l'allure en reconnaissant mes armoiries et s'approche de moi. Le regard mauvais qu'il pose sur mes hommes me déplait au plus haut point et je resserre ma prise sur mon épée. Ce dernier s'exclame que la maison de Sombreval a fait preuve de lâcheté ce qui explique pourquoi ma troupe est si nombreuse. Achille piqué au vif lui ordonne de retirer ses paroles mais reçoit un glaviot en retour. Mon cadet éperonne sa monture et fonce sur l'héritier de la maison rivale. Je pousse un soupir d'agacement devant cette ineptie mais les choses se précipitent et les chevaliers du mourant se précipitent à l'aide de son fils. Mes hommes n'hésitent pas un instant et les carreaux vrombissent alors que mes cavaliers vont s'encastrer dans leurs vis à vis. L'échauffourée est expéditive et le nombre de mes soldats jouent à plein. Bien vite, il ne reste plus qu'une poignée de chevaliers autour de Matthias. Je charge à mon tour et bouscule l'insolent du poitrail de mon destrier avant de descendre de ma monture alors que mes chevaliers en finissent avec les irréductibles. Ecartant l'épée du Blanchedague de la mienne, j'enfonce ma lame au défaut de l'armure. La vengeance me semble futile en cet instant précis mais en passant une main gantée sur mes cicatrices je la savoure néanmoins. Mon frère abrège les souffrances du vieux baron en l'égorgeant et nous quittons les lieux à une allure soutenue bien décidés à rejoindre le domaine avant que ces morts ne se relèvent à leur tour.


La porte de Marbrume semble encore plus massive vu d'aussi près. Celle-ci est pour l'heure ouverte et bien gardée car des soldats aux mines patibulaires se tiennent sur les remparts et à l'entrée de la ville. Les protecteurs du dernier havre tenu par l'humanité jettent des regards peu amènes à mon convoi mais nous laissent passer sans faire d'histoire. Il me faut un long moment pour me rendre compte que nous avions réussi à échapper à la menace permanente de la fange et survécu à la migration vers l'extrême est. Dans mon sillage, aucune manifestation de joie sauvage ou de délivrance sonore. Il s'avère qu'atteindre finalement le point final d'un exode n'est en rien aussi salvateur que l'on se le figure. Bien évidemment, le fait de se trouver hors d'atteinte du danger a un effet positif sur le moral cependant bien vite le vide prend le pas sur tout le reste. Et pour peu que l'on soit porté à la mélancolie et au spleen, les pensées se tournent mécaniquement vers tout ce que l'on a perdu. C'était visiblement le cas de ce qui deviendrait la compagnie indépendante de Marbrume. Le vide fut plus présent que jamais en ce moment précis alors que ni mon frère ni mon épouse ni mes enfants ne se trouvaient dans ce triste convoi. Une expression cadavérique se dessina sur mes traits alors que je relâchais finalement ce à quoi je m'étais forcé à ne plus repensé au cours de cet exil sanglant dans la géhenne marécageuse.


Il ne me faut que quelques instants pour me rendre compte que quelque chose cloche devant le silence sépulcral de la forteresse ainsi que le manque d'activité ne pouvant nullement s'expliquer simplement par la nuit poisseuse dans laquelle nous baignions. Aucune sentinelle sur les remparts, pas un mouvement dans les environs, aucun signe de vie alors que les gardes devraient se trouver sur le pied de guerre. Ce silence me tord les trippes et me fait craindre le pire. Les rayons nacrés de la lune donne au tableau une ambiance pleine de mysticisme. Je me fais violence pour ne pas me précipiter sur le pont levis et me mettre à beugler à en réveiller mes ancêtres dans le caveau familial. Mes chevaliers décident de faire allumer des torches et l'opération prend un certain temps. Temps durant lequel Achille doit presque me clouer sur place pour m'empêcher d'éperonner ma monture et de foncer droit sur les portes. Les flambeaux allumés je prends la tète de la troupe et trotte jusqu'à la grande porte. La herse n'est pas abaissée et la grande porte n'est pas verrouillée facteurs faisant bondir mon inquiétude à des niveaux célestes. Mon cœur tambourine dans mes oreilles tandis que le sang pulse violemment dans mes veines. L'épée à la main je donne l'ordre aux hommes de pousser les lourds battants en arrière. Les chevaux ayant été laissé en arrière avec une centaine d'hommes c'est à pied que nous traversons la cour les armes à la main, la peur dans les regards et les cœurs, le pire à l'esprit. Pourtant, rien d'autre que le silence froid et inquiétant alors que nous approchons des entrées. Durant une poignée de secondes, je me surprends à espérer que Catherine a abandonné le château avec toute la garnison et le personnel pour se rendre chez sa famille à des lieux plus à l'est. Mais, je déchante rapidement en entendant le premier cri. Un cri inhumain de terreur pure. Achille dégaine son épée derrière moi alors que nous nous enfonçons dans les couloirs de la forteresse. Un autre cri succède au premier et bientôt cela devient une discordante symphonie de souffrance et de terreur. Dans un recoin se dessine une forme indistincte. Il ne faut que quelques secondes pour que la créature qui fut autrefois un homme ne se jette sur moi. Achille me bouscule en arrière et empale la bête sur son épée. Des bruits de combat proviennent de quatre directions différentes. On s'étripe et se réduit en morceaux dans toute la forteresse. Saisissant mon cadet, je lui ordonne d'aller rechercher ses neveux et sa nièce tandis que je m'élance en quête de mon épouse. Les soldats se divisent en deux groupes en hurlant des cris de guerre. La routine martiale des vétérans parvenant à prendre le pas sur tout le reste.


Mon épée s'enfonce dans le crane d'une servante devenue cannibale avant de ressortir dans un bruit spongieux. Je tranche un bras trop entreprenant avant de plonger la lame dans ma famille depuis des générations dans une gueule hurlante. Le sang visqueux m'éclabousse mais je l'essuie d'un revers de mon gantelet. Autour de moi, les hommes se démènent comme des diables. Je les encourage de mes cris rageurs et les enjoint à se concentrer sur la tète. Les armes d'hast s'enfoncent dans les cervelles alors que les épées décapitent à tour de bras. L'hécatombe est totale mais mon escouade paie un lourd tribut. Le feu des torches s'avère également bien utile pour faire flamber ceux qui il y a quelques jours à peine constituaient une foule loyale et amicale. Le chaos règne en souverain cruel dans mon héritage mais je n'ai guère le temps de me faire la réflexion que mon fief est perdu tant je suis concentré sur une seule tache. Survivre pour retrouver les miens. Me jetant dans une pièce attenante à mes appartements je manque de laisser tomber mon arme en reconnaissant les cheveux d'ébène de Catherine coiffée en une longue tresse. Je parviens à retrouver ma lucidité au dernier moment en me rendant compte de son comportement erratique. L'instant d'après mon épouse se jette sur moi pour me broyer la gorge de ses dents. Je perds mon épée sous son assaut et repousse à bout de bras la femme que j'espérais sauver de ce fléau. Dans un élan de désespoir, je tente de lui faire entendre raison et cherche à la calmer d'injonctions affectueuses cependant cela s'avère vain. Ma défunte épouse n'existe plus dans cet ètre monstrueux qui se démène de plus en plus brusquement pour atteindre ma gorge et mon visage. La force de la revenante est telle que nous basculons sur le parquet. Un coup de pied dans la mâchoire m'offre un sursis suffisant pour que je dégaine ma dague. La baronne se jette sur moi et la lame courbe s'enfonce dans son orbite, je retourne et enfonce l'arme brusquement avant de repousser le cadavre de Catherine. Des larmes silencieuses dévalent mes joues alors que je maudis le monde et les dieux tout en berçant le corps inanimé dans mes bras. Soudain, Achille apparait dans l'encadrement et me hurle de fuir le château. Mon frère décide finalement de venir me tirer de ma torpeur.


Je lâche la carcasse inanimée à contrecœur et interroge mon cadet sur mes enfants. Son regard est explicite. Bien décidé à sauver mon frère à défaut de savoir ce qu'il en était de mes sœurs et de leurs belles-familles respectives, je ramasse la lame courbée et récupère ma dague. Puis, je récupère une cassette pleine d'or et de bijoux sous le regard atterré d'Achille. Me fendant d'un simple haussement d'épaule, je lui fais signe d'ouvrir la voie avant de hurler à tous les survivants du bain de sang de se pointer le plus rapidement possible. On continue de mourir dans les couloirs du château mais comprenant que tout est une fois de plus perdu les hommes d'armes accourent de toutes les directions. Le repas constitué par nos victimes explique en partie le calme temporaire mais nous sommes tous conscients que nous n'avons pas beaucoup de temps. Dévalant les marches nous fonçons vers la cour à toute allure. J'ordonne que l'on mette le feu à tout le château sur notre passage et des flambeaux sont jetés sur les tapisseries, les toiles, les meubles et tout ce qui soit susceptible de bruler. Une fois dans la cour, des bruits de course ne nous indiquent que trop bien que la fin est proche si nous ne fuyions pas le plus rapidement possible. Nos frères d'armes se relevaient déjà et si une partie de la forteresse prenait feu allègrement. Une partie de celle-ci restait pour l'heure épargnée. Le seul moyen de s'assurer une retraite sure était de verrouiller la porte derrière nous cependant cela s'avérait impossible de l'extérieur. Bien évidemment, il n'y eut aucun volontaire. Comment leur en vouloir ? Cela équivalait à se suicider de manière bien douloureuse. Mon frère m'adresse un long regard triste et un sourire solaire. Comprenant ce qu'il a en tète, je l'insulte vertement et lui ordonne de passer la porte cependant Achille me lance qu'il faut qu'au moins un Sombreval survive et qu'il est le moins important des deux. Je m'apprête à l'assommer pour ordonner aux hommes de le porter mais il est plus rapide que moi et son poing ganté s'écrase sur ma tempe. Cent hommes sur les trois cents ont quittés le château cette nuit là. Mais mon frère n'était pas parmi eux. Galvanisant un groupe de chevalier il fit lever le pont levis et verrouiller la grande porte alors que les lieux partaient en fumée.


"Et c'est ainsi qu'est mort Achille de Sombreval le plus grand chevalier du sud est de Langres. Mon compagnon, mon meilleur ami, mon frère..." L'émotion me broie littéralement les tripes de l'intérieur alors que je me revois manquer de vitesse pour sonner mon cadet. Le temps n'a nullement effacé le poids de la culpabilité. Je suis celui qui aurait du mourir ce jour là. J'avais tout perdu cette nuit d'été. Ma femme, mes enfants, mon domaine et mon honneur en laissant Achille me prendre de vitesse. Seuls subsistaient mon nom, la douleur, la tristesse et les quelques moyens sauvés cette nuit. Des moyens dérisoires et qui ne parviendraient guère longtemps à assurer le train de vie débridé dans lequel j'avais choisi de me perdre comme si les excès pouvait effacer les peines déchirant mon ame et effacé les cauchemars hantant mes nuits. Le regard du duc ne laissait transparaitre aucune émotion particulière. Il était difficile de définir si l'impassibilité du maitre de Marbrume tenait de son caractère froid et rationnel ou du fait que ce dernier avait déjà du entendre ce genre de récits des centaines de fois depuis le début de l'exode des habitants de Langres dans sa cité. Je n'en savais rien et n'en avais d'ailleurs cure. Le silence plana durant ce qui parut ètre une éternité dans le cabinet ducal avant que ce dernier ne reprenne finalement la parole. "Je comprends votre chagrin baron cependant je tiens à ce que vous sachiez que les privilèges de notre rang ne sont pas gratuits dans ma ville. Vous semblez un homme de valeur aussi j'aspire à vous voir prendre part à sa sauvegarde."

Quelques semaines après une installation remarquée sur un domaine de l'Esplanade, j'apprenais par un clerc attaché à ma maison qu'une branche éloignée de ma famille se trouvait en ville. Si, j'eus dans un premier temps bien du mal à me remémorer ce que m'avait autrefois conté mes parents vis à vis de Marbrume et du cousinage éloigné y habitant la simple perspective de retrouver une personne de mon sang après avoir perdu l'intégralité de la maison de Sombreval me vit me jeter sans crier gare dans la recherche de cette cousine évoquée. Les d'Algrange était issue de la haute bourgeoisie de la perle du Morguestanc mais la dénommée Sydonnie que je n'avais rencontré qu'à une ou deux reprises avant les évènements ayant transformés la face du monde. De fait en dépit de la relative proximité du domaine de ma maison vis à vis du Morguestanc, je n'avais pu entretenir de réel lien avec cette citadine parente. Pourtant, j'avais déployé des trésors de patience et de moyens pour la retrouver rapidement dans l'immensité du dernier bastion humain. Ce fut un membre de la milice intérieure qui offrit l'information à l'un de mes sergents contre une tournée. Sydonnie était devenue coutilière dans la milice quelques mois plus tôt. Ne restait plus qu'à me présenter comme une fleur devant celle-ci en espérant qu'elle me reconnaitrait. Ce qui paraissait assez compliqué étant donné la durée depuis notre précédente rencontre. Ce fut dans une taverne alors qu'elle se trouvait avec son escouade que je l'abordais avec une certaine réserve. Elle mit un long moment avant de me reconnaitre mais finit par le faire lorsque je lui remémorais un souvenir commun.


Ma rencontre avec le duc m'avait clairement permis de comprendre quel genre de dirigeant il était aussi je travaillais donc au moyen de m'impliquer dans la défense et la protection de la ville à ma manière. D'autant qu'un évènement bien particulier avait profondément marqué toute la cité et en particulier sa noblesse. L'exécution de la maison de Sarosse ou du moins la partie de celle-ci ayant tentée d'obtenir l'asile par une chaude nuit de fin d'été. Toute personne s'étant trouvée sur les remparts ce soir là ne saurait jamais oublier la cruauté implacable dont pouvait ètre capable Syfroi. Tout sang bleu savait pertinemment que désormais il n'y aurait plus que deux factions au sein de l'Esplanade. Les partisans du duc et ses opposants sans que cette position eut pu ètre bien tenable au grand jour. Pour ma part, je penchais naturellement du coté ducal pour des raisons personnelles autant que parce que j'estimais qu'il était l'homme de la situation. Cependant, soutien ou non je ne doutais pas qu'il n'hésiterait pas un seul instant avant de me refouler dans la ville basse si je ne remplissais pas mes devoirs de noble. C'est ainsi que j'ai pris la décision de fonder la compagnie du Griffon moqueur, une troupe armée privée composée des survivants de ma maison ainsi que de recrues locales. Celle-ci serait une troupe remplissant des missions à l'extérieur de Marbrume. Cette forme de commandement me plaisait bien plus que de me retrouver tributaire de l'autorité d'un autre noble ou de mener des miliciens. Ces hommes avaient survécus avec moi à la géhenne. Si, je devais tomber dans ce marasme sanglant ce serait avec eux.


En janvier 1165, le maitre de la cité convoqua la noblesse à un sommet bien énigmatique. Le duc révéla alors son intention de reconquérir du terrain face à la Fange et ce à la stupeur générale car il était de notoriété publique et considéré comme un fait bien établi que les environs étaient livrés à la présence mortifère sans que l'on y puisse changer quoi que ce soit. Cette proposition souleva beaucoup de réactions tandis que pour ma part je restais silencieux et à l'écoute des développements supplémentaires. L'idée de rendre la monnaie de sa pièce au fléau paraissait aussi alléchante que complètement folle. Mais, connaissant Sygfroi de Sylvur cette idée avait été murement planifiée et étudiée sous le moindre détail. Je pris néanmoins la parole pour souligner que bien peu d'habitants seraient assez fol ou courageux pour accepter de sacrifier la relative sécurité de l'intérieur contre les probabilités mortelles de l'extérieur. Mais alors que des voix s'élevaient dans tous les sens et que le duc s'apprêtait à intimer le silence d'un mouvement d'humeur, un soldat paniqué vint nous prévenir d'une nouvelle gravissime. Des fangeux avaient envahis un quartier de la ville basse. La panique régnait en maitresse incontestée et la catastrophe pointait. Le duc ne tarda pas à se diriger vers le théâtre d'opérations en compagnie d'une forte escorte. Pour ma part, je me suis rendu à la caserne de ma compagnie mais n'ais guère eu à m'illustrer car les habitants et des miliciens étaient parvenus à juguler la menace. Cet incident inquiéta énormément et fit souffler un véritable vent de terreur sur la cité d'autant que des rumeurs voulaient que des complicités aient permises cette invasion.


L'été fut bien compliqué et fort en tensions en tout genre. Les évènements du Labret comme la tentative d'assassinat du duc avaient rendus tous les esprits bouillonnants et je ne fis absolument pas exception à la règle. Quelques duels déclenchés pour des broutilles se finirent de bien vilaines manières. Mes hommes ne se rendirent pas dans le Labret en soutien car j'avais proposé au duc de les garder dans la cité afin de lui assurer une garde personnelle supplémentaire à la milice intérieure. Les jeux et leurs succès prouvèrent bien que la populace se contentaient de pain et de divertissement. Malgré la fin des temps augurée par la Fange bien peu de choses avaient changées. Les mauvaises nouvelles succédèrent aux quelques bonnes. La piraterie renaissait en même temps que l'inquisition contre les cultes hérétiques annonçant encore de nombreuses réjouissances.
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MessageSujet: Re: Ulysse de Sombreval - Terminé   Hier à 11:01
Coucou,

Je viens de voir que tu as terminé ta fiche !

J'espère depuis pas trop longtemps, il ne faut pas hésiter à nous MP ou à mettre un p'tit mot sous ta fiche quand c'est le cas. Je m'occupe de toi de-suite !
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Sydonnie d'AlgrangeCoutilieravatar


MessageSujet: Re: Ulysse de Sombreval - Terminé   Hier à 12:03
Bonjour, bonjour Ulysse tongue

Comme tu as du le comprendre, je suis l'administratrice en charge de la modération de ta fiche. Avant de commencer, je dois te poser une question qui me brûle les lèvres : Ne serais-tu pas notre cher Gabriel Destrelmar ? La plume, l'histoire, la manière d'aborder les choses... Si ce n'est pas le cas, eh bien, saches que tu as une très jolie plume

Passons au sujet qui t’intéresse, ta fiche. Qui dit longue fiche, dit petit coquille à droite à gauche, obligatoirement. Cependant, je dois avouer que je suis très agréablement surprise par la tienne. Je n'ai relevé que très peu de choses à modifier et pour la plupart c'est du pinaillage.

Commençons :
Côté description physique :
« Apre mais onctueux, ce cépage appartenait probablement à celui du comte de Rougelac. » =>Oui le compte de Rougelac est toujours présent, mais il ne produit pas de vin. Il faudra changer le nom de ton fournisseur ahah. Sauf si tu voulais dire que tu lui avais gentiment emprunté quelques tonneaux

Côté description psychologique :
« Deux cents hommes environ dont les principales missions étaient d'escorter des convois en dehors de Marbrume ou d'aller secourir des personnes à l'extérieur. » => Il va falloir diminuer le nombre, de moitié au moins.

Pour rappel Marbrume est l'unique ville survivante, si il y a énormément d'individus y vivants, le nombre reste tout relatif. Globalement, c'est des personnes sans ressources, sans formation de combat. Nous avons de plus déjà une guilde de mercenaire : la compagnie des lames. De ce fait, j'ai un peu mal à me dire que notre brave Duc accepterait deux gros ordres, dont une aurait pas loin de 200 hommes. C'est trop et bien trop dangereux pour lui.

Je te laisse juste modifier les deux petits points là, pour le reste, je n'ai absolument rien à redire. Une fois que cela sera fait, tu pourras te pavaner avec ta couleur bleutée.



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